C'était un village tranquille, et j'étais une petite fille comme les autres, dans le monde soviétique. On vivait bien, mais dans le mensonge. A l'école, on ne nous parlait pas de l'histoire tchétchène, mais de la grande épopée communiste. Nous fêtions le 23 février 1944 en agitant nos drapeaux rouges, et je ne comprenais pas que ma grand-mère en soit attristée. Je l'ai su plus tard: pour elle, c'était un jour noir, celui de la déportation de tous les Tchétchènes. Elle avait été raflée avec toute sa famille et envoyée au Kazakhstan dans des wagons à bestiaux sur lesquels était écrit: «Ennemis du peuple». Les Russes ont brûlé vifs ceux qu'ils n'ont pas pu déporter. Ils voulaient éradiquer la nation tchétchène. Ma grand-mère a survécu par miracle; elle est revenue treize ans après, s'est mariée, a recommencé sa vie, reconstruit sa maison... Mais ce n'était pas fini.
Propos de Milana Terloeva